Zef sur les chemins du monde

Publié le par Claude



Ce lundi 25 février 2008 j'ai rendu visite à notre ami zef Jégard, licencié à l'ACY pendant de nombreuses années, pour l'interviewer sur ses périples à vélo autour du monde.

zef-j-gard.jpgComme la plupart de mes collègues du club j’ai suivi avec le plus grand intérêt l’ensemble de ses chevauchées au travers des trois continents, l’Europe, l’Asie et l’Amérique du nord.

Mais je souhaitais en savoir un peu plus, notamment sur ses motivations, sur sa préparation physique et sur la chronologie de ses différents voyages.

Nous avons passé une partie de l’après midi à visionner ses diaporamas, à échanger sur cette période de sa vie qu’il souhaite  partager et faire connaître, à une époque ou tout est planifié, règlementé, asceptisé, ou il n’y a plus de place pour l’aventure ni pour le rêve.

Je suis admiratif devant ce genre d’exploits, effectués en marge de la médiatisation qu’ils auraient pu susciter, lorsque l’on voit certaines photos de son diaporama on peut mesurer la dimension de l'exploit sportif.
On peut également constater combien l'homme est marqué dans sa chair, il est amégri et fatigué mais tellement heureux.

On imagine la souffrance qu’il a dû
supporter en traversant ces contrées aux températures extrêmes, en roulant sur des routes aux profils incertains, en passant des cols à plus de 5 000 mètres, sans compter les risques de rencontrer des chauffards car dans ces pays les rapports avec le code de la route ne sont pas les mêmes que chez nous.

Mais au delà de l'exploit sportif, c'est une formidable aventure humaine, que de rencontres étonnantes, insolites, un accueil très chaleureux de la part de gens souvent très pauvres, mais toujours prêt à partager le peu qu'ils ont.

Bravo Zef, merci de nous avoir fait voyager par procuration et rêver au travers des emails que tu ne manquais pas de nous faire parvenir dès que tu le pouvais, merci aussi d’avoir porté les couleurs du club jusqu'à l’autre bout du monde.

 

Je te laisse la parole, pour nous présenter cette tranche de vie, en fait il s’agit d'une partie de l’avant propos de ton deuxième livre « L’épopée fantastique » que j’ai illustré de photos.
Ces quelques lignes résument très bien tes motivations, la chronologie et la présentation de tes voyages
.

 
 

"Après plus de quarante années de travail le tourbillon de la vie m'a rejeté à 60 ans sur les rives d'une nouvelle vie à vivre, le temps de la retraite, une nouvelle page à écrire. Mais déjà l'horizon se restreint: une compagne très chère que la maladie emporte, l'apprentissage de la solitude. Survivre, s'organiser pour que la vie soit acceptable, se prendre en main pour n'être à charge de personne ...

 

C'est alors que je me lance à corps perdu dans deux activités, l'une intellectuelle et l'autre physique, choisies dès la retraite pour leur complémentarité: je veux parler de l'apprentissage de l'espéranto et de la pratique du vélo.

 

undefinedLe jeune retraité que J'étais avait le souci d'entretenir ses neurones. J'aimais les langues, j'avais tâté de l'anglais, de l'allemand, de l'italien et de l'espagnol, mais je n'étais jamais arrivé, dans aucune de ces langues, à un niveau satisfaisant. Alors pourquoi pas l'espéranto, que l'on dit être plus facile, d'autant qu'un article récent dans la presse régionale venait de relater le voyage en Chine d'un breton qui avait utilisé avec bonheur cette langue de communication internationale ? Il n'en fallait pas davantage pour éveiller ma curiosité: cette langue logique, avec des règles simples et ne souffrant pas d'exceptions, avait de quoi attirer un esprit épris de logique. Nous sommes en octobre 1997, c'est la rentrée, le moment des grandes résolutions: je m'inscris à un cours pour débutants qui démarre quelques jours plus tard à Saint­Brieuc. Voilà pour le volet intellectuel..

 

Chacun sait que, pour ne pas vieillir trop vite, on doit aussi s'adonner, raisonnablement, à une activité physique. J'aimais faire du sport, mais la seule activité sportive qui me reste accessible est la pratique du vélo, mes articulations ayant été trop sollicitées quelques années plus tôt par une pratique intensive de l'athlétisme et des courses sur route. Je m'initie donc à la pratique du vélo, seul d'abord, puis au sein du club de cyclotourisme d'Yffiniac, où j'habite. La camaraderie qui règne au sein du club m'est précieuse, mais les petits circuits de 50, 60 ou 80 km une ou deux fois par semaine ne me satisfont pas longtemps, la routine s'installe, j'ai besoin d'objectifs à atteindre. II me vient alors à l'idée de préparer le « Paris-Brest-Paris », périple de 1200 kilomètres à effectuer à allure libre en moins de 90 heures. Cette épreuve assez inhumaine, qui laisse peu de place au sommeil, est considérée à juste titre comme le bâton de maréchal du cyclotouriste. Je ne sais pas du tout si je serai capable, le moment venu, de réussir cette épreuve. Nous sommes en octobre 1997, le prochain «Paris-Brest-Paris » doit avoir lieu en août 1999. Je commence donc à m'entraîner: je multiplie les sorties, j'allonge les distances, je fais 1000 kilomètres en moyenne par mois pendant 22 mois. Et le miracle se produit: au printemps 1999, je réussis successivement les quatre éliminatoires qui ouvrent la porte à l'épreuve reine, à savoir les brevets de 200, 300, 400 et 600 kilomètres. Quant au

« Paris-Brest-Paris » lui-même, je le parcours en 83 heures. J'ai réussi mon challenge, je suis content, mais me trouve du même coup un peu désemparé: je suis un homme zef-essai-son-v-lo.jpgqui aime avoir des objectifs, j'ai réussi le « Paris-Brest-Paris », bon ... et après? Je suis un peu en panne d'idées, mais pas pour longtemps. Et c'est là que l'on reparle de l'espéranto et que l'occasion va m'être donnée de conjuguer vélo et espéranto. J'avais lu avec avidité le récit en espéranto d'un voyage à vélo d'un espérantiste français, Lucien Péraire: «Tra la mondo per biciklo kaj esperanto », (paru chez Lauté, Fr 47470 Beauville.) Parti de Lyon en 1928, ce jeune homme de 23 ans va rallier successivement, en quatre années, Vladivostok, puis le Japon et enfin l'Indochinecrevaison-copie-1.jpg française. C'était plus qu'il n'en fallait pour éveiller en moi des idées de voyage à vélo et, qui plus est, en utilisant l'espéranto.

Sur ces entrefaites, une opportunité va se présenter et enclencher une série de voyages au long cours : Ivo Miesen, un camarade hollandais d'une organisation internationale de cyclistes espérantistes (BEMI) m'invite à participer à une randonnée en Crimée. Nous sommes au printemps 2000, j'ai appris une langue dont je me sers essentiellement pour la lecture, ne serait-ce pas l'occasion de passer à la pratique parlée? J'accepte l'invitation. J'achète le visa pour la Crimée et prends à Paris un bus pour Kiev: 48 heures de trajet, en compagnie de Cyrille Pinardon, un policier parisien qui n'accepte de parler qu'en espéranto. Pour moi c'est le grand bain, il n'y a pas d'échappatoire. A Kiev, nous rejoignons d'autres participants: Hollandais, Allemands, Ukrainiens, Russes. Ensemble, nous rejoignons par train de nuit notre point de départ, l'Arabaska Strilka, presqu'île sableuse qui s'étire entre mers Noire et d'Azov.

 

rencontre-insolite.jpgA l'issue de ce périple de 10 jours à travers la Crimée, a lieu à Yalta un stage international d'espéranto, «Aroma Jalto », qui dure également 10 jours. N'y étfmt pas inscrit, je décide de rester deux ou trois jours, pour voir. En fait, je vais y rester les 10 jours et même passer avec succès un examen de pratique de l'espéranto. Que faire maintenant? J'ai du temps devant moi et personne ne m'attend. En fait, j'ai déjà une idée en tête: refaire le même voyage que Lucien Péraire en Russie. Mais il faut pour cela un visa et je dois de toutes façons rentrer en France pour le baptême de ma petite fille Emilie. Pourquoi ne pas rentrer à vélo?
Je réussis à convaincre Kieg Eichholz, un des participants hollandais de la randonnée en Crimée, de m'accompagner, et pour le retour, et pour le démarrage du voyage en Russie. Kieg est de quatre ans mon aîné et c'est un infatigable voyageur, rompu au passage des frontières, curieux de toutes les langues et cultures : il s' avèrera pour moi un initiateur hors pair.

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Nous voici donc traversant de concert l'Ukraine, la Moldavie, la Roumanie et la Hongrie. Kieg rentre ensuite aux Pays Bas via Berlin, tandis que moi je traverse seul l'Autriche, l'Allemagne et la France. Début juillet, avec Kieg, comme convenu, nous rejoignons Varsovie en camion, que nous remisons chez un espérantiste, puis la Russie par train de nuit. Nous voici au petit matin à Milerovo, localité russe proche de la frontière ukrainienne. Mon objectif est de rejoindre, au minimum, Omsk, en Sibérie, et peut-être le Lac Baïkal. Kieg m'accompagne pendant 1000 kilomètres, après quoi son humeur vagabonde le pousse vers Mourmansk, alors que je reste sur mon idée: poursuivre vers l'est. J'atteins ainsi l'Oural et, bientôt, la grande plaine de Sibérie. Ce faisant, je quitte l'Europe pour l'Asie.

 

rencontre-du-motard-et-du-cyclo.jpgUn russe de Tomsk, Sacha ISêuk, me rejoint à Thioumen chez Mansur Mamkin, qui m'héberge deux ou trois jours. Sacha va rouler avec moi jusqu'à Maarinck, soit près de 2000 kilomètres. Entre-temps, notre caravane s'étoffe d'un nouveau membre, rencontré par hasard au bord de la route: c'est un Allemand, Bernhard Niebaum, qui se dirige vers Irkoutsk et la Chine, à travers la Mongolie. Quand Sacha nous quitte à la fin du mois d'août pour reprendre son travail d'animateur nature, Bernhard et moi poursuivons jusqu'à Irkoutsk. Bernhard y attend une amie venue le rejoindre en avion; il fait beau, Oulan-Oude n'est qu'à 400 km, Je continue ma route vers l'est. D'un seul coup, le temps se rafraîchit: moins 10 degrés le 24 septembre au matin, je reprends le train vers ma Bretagne lointaine. Mais déjà je sais que je reprendrai la route, je poursuivrai le voyage, j'y ai pris goût et je sais que je peux le faire

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Nous sommes en 2001. Il reste près de 4000 kilomètres de Oulan-Oude jusqu'à Vladivostok. Cela peut paraître beaucoup aux non-initiés, mais en fait c'est peu pour se déplacer aussi loin. Je cherche donc à allonger la distance, en cherchant un avion pour le Nord-Ouest de la Chine, Urumchi par exemple. Je ne trouve rien de satisfaisant. Sur ce, Kieg me propose de m'accompagner d'Islamabad, au Pakistan, jusqu'à kashgar, en Chine, en suivant la fameuse « Karakorum Highway », une des plus belles routes du monde montant à l'assaut de l'Himalaya. Comment résister, d'autant que Kieg a déjà fait cette route une fois et a donc quelques points de repère, qui s'avèreront fort utiles. C'est beaucoup plus au sud que prévu, c'est beaucoup plus long, mais la perspective de franchir l'Himalaya à près de 5000 mètres d'altitude me fascine. Mes visas en poche pour le Pakistan, la Chine, la Mongolie et la Russie, le Il mai 2001, je prends l'avion pour Rawalpindi, banlieue populeuse d'Islamabad, capitale de la République Islamique du Pakistan. J'ai rendez-vous avec Kieg devant la boutique de Saeed Parani, espérantiste connu à Islamabad. Il fait chaud: 46 degrés à l'ombre l'après-midi. Kieg et moi sommes les hôtes du groupe espérantiste local.


undefinedAprès quelques jours d'acclimatation forcée - puisque les bagages n'ont pas suivi ! (Voir « Papy fait le tour du monde») - nous prenons la route du nord, en direction de la Chine. Nous suivons les traces de Marco Polo. Nous sommes en bordure de l'Afghanistan, les «Territoires du Nord» du Pakistan sont une zone de repli pour les talibans afghans. Nous sommes sur nos gardes, mais finalement tout se passe bien. Un peu après Kashgar, dans le désert du Takla-Makan, au nom évocateur du « désert dont on ne revient pas », Kieg décide de rentrer aux Pays Bas. Me voici seul dans un environnement, sinon hostile, du moins inhospitalier. Inlassablement, je poursuis ma route vers l'est, par des températures éprouvantes qui atteignent les 40 degrés à l'ombre. Le seul problème, c'est qu'il n'y a pas d'ombre: je suis dans le royaumeundefined du sable, du soleil et du vent. Après les hauts plateaux du. Quingaï, c'est la descente dans la vallée du Fleuve Jaune, dont je vais suivre le cours jusqu'en Mongolie Intérieure. Un chapelet de villes moyennes s'égrènent tout le long de cette voie naturelle, entre montagne et désert.. Dans trois d'entre elles: Lanzhou, Yinchuan, Hohhot, des groupes espérantistes m'accueillent avec beaucoup de sympathie et de générosité. Après deux mois en Chine, j'entre dans la République Populaire de Mongolie, où le groupe espérantiste de Oulan-Bator, alerté par mon hôte Tsetsegulzii Batzaïa, me fait fête le temps d'un week-end. Revenu à Oulan-Oude, mon terminus sibérien de l'année précédente, j'essaie d'entrer en contact avec Sacha, mon compagnon de route de l'année précédente, qui avait formé le projet de m'accompagner sur les routes mal connues de la Sibérie Orientale. Peine perdue, Sacha est hospitalisé, victime de la morsure d'une tique, contre lesquelles il m'avait lui-même mis en garde l'année précédente. C'est donc seul que je m'aventure à travers la taïga sur les pistes forestières et les mauvaises routes de Sibérie orientale et extrême-orientale. Le Il septembre,J' entre enfin dans Vladivostok. Un mois plus tard, après cinq jours passés à Tomsk chez Sacha et neuf jours à Omsk chez Venjarnin, j'arrive chez moi.



depert-pour-la-travers-e-du-Canada-copie-3.jpgundefinedPour tenniner mon tour du monde, il me reste traverser l'Amérique, ce qui sera fait en 2002. Pour ce voyage, je ne partirai pas seul: Jean Perret, qui a vu mes précédents périples, prend envie d'y participer. Nous voici donc partis en ce jour du mois de mai 2002, vers Montréal, puis vers Vancouver. Nous voici au point de départ d'un périple de trois .mois, qui va nous conduire d'abord à travers l'De Vancouver et les régions du Nord Canada jusqu'à la région de Calgary et ensuite jusqu'à la région des grands lacs. Après avoir passé cinq jours de congés chez Jane .et Yves Hameline, nous voici dans un pays fondé par un yffiniacais, puis à Québec et enfin, nous suivons le Saint Laurent pour arriver enfin à Halifax, d'où nous reprendrons l'avion pour retrouver la Bretagne.undefined

Voici donc terminé un premier tour du monde.

 

Le temps de récupérer à peine écoulé, déjà de nouveaux horizons se profilent dans ma tête: et si j'essayais un Brest-Vladivostok? C'est une toute autre histoire: j'ai beau avoir fait la route entièrement ou presque, j'envisage cette fois de faire la route en deux mois et demi, voire moins. 14.000 kilomètres en deux mois et demi, soit deux cents kilomètres par jour! Le défi est lancé !

Pour cela, il me faut l'assistance d'un véhicule pour mes bagages, ce sera mon fourgon aménagé, sur lequel figure l'itinéraire prévu, et qui tractera une petite caravane. C'est vers mon beau-frère Marcel que je me tourne, pour la conduite, et ma sœur Michèle pour l'intendance, qui acceptent de tenter l'aventure à mes côtés

Reste à lancer la machine, ce qui va se faire calmement, au rythme de trois séances la semaine, la séance du mardi étant une séance jusqu'au soir. Je prends comme entraînements les brevets du Paris-Brest-Paris: 200, 300, 400, 600 et 1000 Kilomètres, ainsi que l'épreuve reine de 1200 kilomètres. Il me reste sept mois avant de prendre le grand départ. Je les ferai patiemment, jusqu'au bout !

Maintenant, dans les pages qui vont suivre, amis lecteurs, je vous invite à suivre «le petit cycliste» jour après jour, dans sa progression vers l'Est

 

 

 

Les publications de Zef:


 Papy fait le tour du monde 21 €                  L'épopée fantastique 20 €

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Publié dans Randos au long cours

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